Sur les traces des tuiles de Camberoque

Rolland Mabille
Roland Mabille, architecte et scénographe à la retraite, s’est lancé dans une aventure étonnante : recenser et sauvegarder des centaines de tuiles céramiques créées par le peintre carcassonnais Jean Camberoque. Avec l’objectif de réaliser un ouvrage et une exposition.

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BIOGRAPHIE

  • 1948. Naissance en Afrique du Sud dans une famille de missionnaires ayant défendu la cause des Basothos contre l’invasion boer.
  • 1971/1975. Études d’architecture aux Beaux-Arts à Paris.
  • 1976. Rencontre à Berlin avec Jan Schlubach, scénographe, dont il sera l’assistant sur le repérage de Shining de Stanley Kubrick. Collabore à de nombreux films dont Just a Gigolo et La Passante du sans-souci.
  • 1982. Retour à Paris, par le théâtre et la scénographie d’exposition. Également chef-décorateur du film Western, prix du jury à Cannes en 1997.
  • 1998. Il s’installe à Marseille. Le dernier film auquel il collabore s’intitule Marseille (2004).
  • 2014. Il emménage à Carcassonne. 

 

Je suis tombé amoureux de ces petites œuvres uniques.

Comment avez-vous découvert ces tuiles ?
Je vis à Carcassonne depuis 2014 et en me promenant dans le quartier Paul-Lacombe, j’ai remarqué des tuiles céramiques de belle facture, non signées, sur le portillon de plusieurs maisons. J’en ai découvert d’autres, quartier Saint- Jacques. J’ai commencé par les photographier. Il y a eu ensuite le petit ensemble de la route de Narbonne. Je photographiais le Moulin d’Autan et une dame est sortie de chez elle en colère, mais quand je lui ai expliqué ma démarche, elle m’a dit de chercher du côté de Jean Camberoque, le peintre carcassonnais*.
Dans un premier temps, je n’ai rien trouvé sur ce travail de tuiles céramiques. Je suis alors entré en contact avec son fils, Charles. 

 

Il vous a confirmé que ces tuiles étaient bien de son père ?
Il m’a d’abord parlé des liens d’amitié entre Jean Camberoque et Henri Castella, l’architecte qui a conçu toutes ces maisons pour l’office HLM. Chaque tuile était unique, représentant des animaux, des fleurs, des objets. L’office HLM et l’architecte signaient ainsi chaque construction. De mon côté, j’ai retrouvé une lettre de commande, datée du 29 juin 1955, signée  du président de la Coopérative d’habitation à loyer modéré de l’Aude, dans laquelle est mentionné que Camberoque étudiait l’art de la céramique à l’atelier Sant Vicens, à Perpignan. Il aurait créé des tuiles de 1955 à 1976. 

 

Qu’est-ce qui vous a tant attiré dans ces tuiles ?
On est sûrement entre l’œuvre d’art et l’artisanat. Mais quand on est architecte, je crois qu’on a  l’œil et j’ai été attiré immédiatement par la qualité plastique de ces peintures. Le fait que cela soit, à chaque fois, une pièce unique me touche. Et puis il y a ce côté anonyme de l’artiste et cette association aux logements sociaux. J’ai envie de sortir ces tuiles de leur anonymat et aussi d’assurer leur sauvegarde. En fait, je suis tombé amoureux de ces petites œuvres uniques. Plus de mille ont été retrouvées à ce jour, à Carcassonne mais aussi Arzens, Badens, Barbaira, Capendu, Montolieu... Pas moins de douze localités au total ! 

 

Quel but poursuivez-vous au bout de ce travail d’enquête et d’inventaire ?
Ce travail a pris des proportions énormes. Du petit lotissement repéré en bas de chez moi en 2017 avec ses 18 tuiles, j’en suis maintenant à plus de 20 quartiers de tailles très diverses, disséminés sur tout le territoire carcassonnais ! Cela représente plus de 1 500 tuiles. Je ne peux évidemment pas mener ce recensement tout seul. Il faut mobiliser toute une équipe avec médiateur, photographe, archiviste, historien de l’art, éditeur, etc. La finalité serait de réaliser un ouvrage, de monter une exposition, voire de réaliser un documentaire sur ces tuiles. Je suis donc à la recherche de structures porteuses pour inscrire cette œuvre dans le patrimoine audois. 

 

* Jean Camberoque (1917-2001) démarre la peinture en 1939, à Carcassonne, où il est repéré par le poète Joë Bousquet. Durant la Seconde Guerre mondiale, il héberge Hans Bellmer, peintre surréaliste allemand réfugié. Ses œuvres sont exposées jusqu’à Paris, mais il vivra toujours dans le Sud. Il étudie la céramique avec Firmin Bauby, à Perpignan, où il côtoie notamment Picasso.