Lune de miels aux ruchers

Jacinthe Jean et Paul Luttge
Comme les bergers avec leur troupeau, Jacinthe Jean et Paul Luttge pratiquent la transhumance avec leurs abeilles. Pour proposer une riche gamme de miels allant du romarin à l’acacia, du châtaignier à la bruyère blanche, du tilleul au tournesol, sans oublier la lavande et la garrigue, ils déplacent leurs 1 400 ruches au rythme des saisons, et de nuit. Un savoir-faire rare qu’ils développent à la miellerie des Ruchers de la Clauzeille à Saint-Hilaire.

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Comment a débuté votre aventure d’apiculteurs ? 
Paul Luttge. À la fin de mes études agricoles, j’ai pris contact avec un apiculteur du village, Jean-Claude Mittelman, un intellectuel qui m’a transmis son savoir. Cela m’a plu et j’ai acheté une vingtaine de ruches en 2007 tout en me lançant dans l’élevage de reines. Aujourd’hui, je gère le suivi des colonies et la fabrication du miel avec Jacinthe et un salarié en CDI. 
Jacinthe Jean. Nous nous sommes connus lors de nos études. Je suis devenue professeur des écoles d’abord en Ariège. Aujourd’hui, j’exerce à Carcassonne. Je pars en camion avec Paul sur les longues transhumances. Je m’occupe aussi de la commercialisation dans les boutiques à Carcassonne, Castelnaudary, Narbonne, Toulouse, etc.

Vous pratiquez la transhumance. Comment s’opère cette technique ?  
P. L. Nous avons aujourd’hui 1 400 ruches qui restent sur le domaine l’hiver. À l’époque des floraisons, nous déplaçons nos ruches sur une soixantaine de sites dans les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, les Corbières, la Montagne Noire, le Pays de Sault et le Lauragais. Comme des chasseurs-cueilleurs, nous allons chercher la ressource mellifère. Les abeilles restent sur place près d’un mois. On s’adapte à la floraison de mai pour le romarin et de juillet pour le tournesol en Lauragais. Nous avons parfois de longs trajets lors de la transhumance. Nous nous déplaçons la nuit, quand les abeilles ne volent pas, et nous déchargeons au petit matin. C’est alors du 24 heures non-stop.

Quelles sont les étapes de la fabrication de vos miels ?  
J. J. Dès que les hausses* sont pleines, nous récoltons en laissant les abeilles dans la ruche. À la miellerie, nous extrayons le miel qui est alors placé dans une chambre de déshumidification. Nous y accordons beaucoup d’importance car cette opération est essentielle pour avoir une belle concentration d’arômes. Chaque cadre passe par une centrifugeuse afin de récupérer le miel placé en fût puis mis en pot. Nous proposons aujourd’hui neuf types de miels, mais aussi des bonbons, du nougat et une pâte à tartiner.

Vous avez rejoint la marque Pays Cathare®.  Que vous apporte-t-elle ?  
P. L. et J. J. Cela identifie la valeur du produit local auquel les consommateurs sont très attachés. Cela nous a permis d’être plus visibles dans certains magasins. En intégrant le réseau de la marque Pays Cathare®, nous sommes aussi entrés en contact avec d’autres producteurs du territoire.

Quel est votre moment préféré pendant la production de miel ? 
J. J. Ce que l’on aime tous les deux, c’est notre cadre de travail. Le plus beau bureau du monde ! Cela peut être, par exemple, les Corbières, au milieu de la garrigue avec la mer au loin, ou des paysages isolés, en Ariège, près d’un petit lac. 
P. L. Moi j’aime le défi. Rien n’est jamais acquis dans cette activité ! Il faut faire jouer son instinct au moment de prendre une décision, même si c’est aussi générateur de stress. Nous pouvons installer 600 ruches pour l’acacia mais il suffit qu’un orage fasse tomber les fleurs… et nous ne récolterons pas de miel.

Si vous deviez résumer votre philosophie ?  
J. J. et P. L. Nous avons toujours des projets. Nous allons toujours de l’avant et nous ne nous laissons jamais abattre. Notre philosophie, c’est d’entreprendre, c’est chercher, sans cesse, des solutions pour réussir à faire ce que l’on aime.

* Dans une ruche, la hausse est un étage destiné au stockage du miel. Elle permet de récolter facilement le miel.

Biographie Jacinthe Jean et Paul Lutgge
1984. Naissance de Jacinthe au Mans (Sarthe) puis enfance dans le Tarn.
1985. Naissance de Paul à Carcassonne. Il grandit à Saint-Hilaire, sa mère est interprète et son père élève du gros gibier durant plusieurs années.
2003-2005. Paul décroche son baccalauréat au lycée Charlemagne et enchaîne par un BTS agricole à Albi.
2007. Jacinthe devient professeure des écoles après des études à Toulouse et Albi.
2012. Achat des 15 premiers hectares du domaine de la Clauzeille à Saint-Hilaire, qui sera agrandi par la suite pour y faire aussi des foins. 
2014. Construction de la miellerie.
2017-2018. Ils rejoignent la marque Pays Cathare® et Jacinthe participe à la création de l’association des producteurs Pays Cathare®.  
2026. Jacinthe et Paul s’associent dans un Groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC).