Session, Département

Les élu·e·s rendent hommage à Samuel Paty

Une minute de silence a été observée en hommage à Samuel Paty, lors de la session du conseil départemental de l'Aude
Une minute de silence a été observée en hommage à Samuel Paty, en ouverture de la session

Au nom de l'ensemble des conseillers départementaux réunis en séance, ce jeudi 22 octobre, la présidente Hélène Sandragné a rendu un hommage à Samuel Paty, professeur assassiné vendredi "tout simplement parce qu’il exerçait son métier : celui d’enseigner" . Une minute de silence a été observée en sa mémoire.

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Discours de la présidente Hélène Sandragné en hommage à Samuel Paty, prononcé en ouverture de la session du 22 octobre 2020.

"Chers collègues, 
Avant de vous proposer le premier point à l’ordre du jour de notre session d’octobre, je souhaiterais revenir en quelques mots sur la tragédie qui a frappé notre pays vendredi dernier. 

Samuel Paty, enseignant d’histoire – géographie au collège de Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, est mort par égorgement et décapitation. Il a subi les horreurs d’un acte terroriste de l’intégrisme islamiste tout simplement parce qu’il exerçait son métier : celui d’enseigner.

Dans son cours, il prônait, comme tous les enseignants, les valeurs de la République, parmi lesquelles la liberté d’expression. Il était comme tant d’autres attaché à sa mission d’éduquer, d’instruire, de transmettre. Il pensait que l’éveil intellectuel, le développement de l’esprit critique, l’adhésion aux valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité, l’attachement aux principes démocratiques, constituaient les ferments d’une vie de citoyen libre et éclairé. 

Un matin, le 16 octobre 2020, il est parti pour exercer ce si beau métier. Il a dû embrasser sa femme, son enfant, et quitter le domicile familial pour rejoindre son collège. Ce fût la dernière fois pour lui. Jamais plus il ne retournerait auprès des siens, jamais plus il ne ferait entendre sa voix, ni pour enseigner, ni pour rire, ni pour exprimer un désir… 

Ce n’est ni le hasard ni les circonstances de la vie qui allaient lui enlever la sienne. Non, c’est parce que c’était lui, Samuel Paty, l’enseignant d’histoire – géographie, celui qui avait montré les caricatures de Mahomet faites dans Charlie Hebdo. Il allait périr sous les coups d’un jeune homme radicalisé, pour lequel l’intégrisme islamiste était devenu la boussole et la raison d’être. 

Face à cette menace, nous devons faire preuve de fermeté et de convictions. Convictions dans nos valeurs républicaines, conviction dans le fait que la laïcité est le ciment de notre société. La laïcité rappelle la neutralité de l’État vis-à-vis de toutes les religions et elle rend possible à chaque citoyen de vivre selon ses convictions politiques et religieuses. Elle permet à celui qui croit au ciel et à celui qui n’y croit pas de vivre ensemble.

Face à cette menace, nous devons faire preuve de fermeté et de convictions. 

Convictions dans nos valeurs républicaines, conviction dans le fait que la laïcité est le ciment de notre société.

La laïcité rappelle la neutralité de l’État vis-à-vis de toutes les religions et elle rend possible à chaque citoyen de vivre selon ses convictions politiques et religieuses. Elle permet à celui qui croit au ciel et à celui qui n’y croit pas de vivre ensemble. La laïcité garantit aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses. Elle n’est pas une opinion parmi d’autres, mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une option car la laïcité garantit la séparation de l’État et des Églises, ce qui se traduit par un principe républicain et démocratique simple : seule la souveraineté du peuple des citoyens fonde les principes qui régissent la nation et notre vie en société
Le rappel de ces principes est indispensable. Nous devons demeurer fiers de nos valeurs, et surtout continuer à faire vivre la liberté d’expression ! 
Lorsque j’ai affirmé ces valeurs ce week-end, j’ai été rapidement saisie par des commentaires qui me disaient "et maintenant, on fait quoi ?". Et je souhaite qu’en tant qu’élu·e·s de notre territoire, nous reprenions ensemble ces mots à notre compte car nous les partageons et que nous ne pouvons rester sans agir lorsque notre conception de vivre ensemble est aussi lâchement attaqué.

Déjà des initiatives existent ou se font jour. Je pense notamment à ce que développent nos collègues de Haute-Garonne autour de la laïcité au collège (les "chemins de la République") ou à l’instauration d’une charte de la laïcité par la ville de Montpellier. 

Nous allons travailler de concert notamment avec les services départementaux de l’Éducation nationale. Nous proposerons des initiatives en faveur de la laïcité et de la liberté d’expression aux enseignants et aux collégiens. Nous n’interviendrons pas dans la pédagogie mais nous donnerons les moyens que l’enseignement de nos valeurs soit possible et facilité.

Notre Département mettra en œuvre, lui aussi, très prochainement, une action dans le même esprit. Nous allons y travailler de concert notamment avec les services départementaux de l’Éducation nationale. Nous proposerons des initiatives en faveur de la laïcité et de la liberté d’expression aux enseignants et aux collégiens. Nous n’interviendrons pas dans la pédagogie mais nous donnerons les moyens que l’enseignement de nos valeurs soit possible et facilité. Je souhaite aussi que cette démarche intègre le monde de l’éducation populaire. Nous avons sur notre territoire une véritable armée d’acteurs associatifs qui œuvrent quotidiennement à l’avènement d’une société paisible, ouverte, laïque. Ils interviennent partout sur le territoire, font de la médiation auprès des familles, dans l’environnement des établissements, c’est aussi sur ce terrain que nous devons les accompagner pour rappeler et convaincre sur ces valeurs universelles. 

Bien sûr, sans fermeté, le rappel de ces valeurs serait vain. La puissance publique ne doit pas tolérer que le fanatisme religieux continue à se répandre sur le territoire national. Dans le respect du droit, tout doit donc être mis en œuvre pour interpeller les individus, démanteler les réseaux, procéder à toutes les arrestations qui sont nécessaires pour notre sécurité publique, réguler les réseaux sociaux, toile de haine.

Cette mission ne relève en rien des compétences départementales même si certaines de nos politiques publiques nous mettent en lien avec le phénomène de radicalisation et que nous œuvrons, nous aussi, par cet autre biais, à l’affirmation de nos principes républicains. 

Chers collègues, mesdames et messieurs, au moment de clore mon propos, je souhaite avoir une pensée pour la famille et les proches de Samuel Paty. Je vous invite à observer une minute de silence en sa mémoire, sous les auspices de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. 
Merci."