Hélène Sandragné : "Je veux accompagner les initiatives"

Élue présidente à l'issue de la session du 2 juillet dernier suite à la démission d'André Viola, Hélène Sandragné revient sur ces deux premiers mois de présidence. Au menu, beaucoup de rencontres sur le terrain et une rentrée sous le signe de la pandémie de covid-19.

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Vous avez été élue il y a un peu plus de deux mois dans un contexte particulier avec la pandémie qui affecte tout le pays. Qu’est-ce que cela vous inspire ?  

Nous sommes tous en train d’apprendre à vivre avec et je suis bien consciente que ce n’est pas facile… Mais la résilience c’est ça. C’est apprendre à faire et à vivre avec une situation sur laquelle on n’a aucune certitude. 

Comment qualifieriez-vous cette rentrée ? 

C’est une rentrée pour le moins inédite… et franchement, c’est une rentrée compliquée. Sur le plan économique, dans l’Aude, la saison estivale, sans être bonne, a permis une petite relance de l’activité touristique, évitant une saison complètement blanche. En matière sociale, l’évolution du nombre de bénéficiaires du RSA n’a pas décollé plus que les prévisions qui la situaient à +2%... Mais ne nous y trompons pas. Ce sont des données en trompe l’œil. Avec l’arrêt des mesures gouvernementales au 24 août, mécaniquement, nous allons avoir une augmentation du nombre de faillites et de mises en cessation de paiement. Face à une crise pareille, il faut réagir pendant et agir pour préparer l’après. Nous devons innover pour proposer des politiques publiques qui permettent aux Audois.es de vivre mieux, de façon plus juste et en respectant notre environnement

Pour faire face à la pandémie, le Département n’a pas été en reste… 

En effet ! Sans vouloir revenir sur tout ce qui a été fait pendant le confinement, nous avons créé un outil de partage et de diagnostic dans le domaine de la précarité, pour tous les acteurs de la solidarité. Aujourd’hui, cet outil a fait apparaître la nécessité de travailler en réseau pour être plus efficaces ensemble. Dans le domaine économique, même si ce n’est pas la compétence du Département, quand nous avions des leviers d’action, nous les avons actionnés. En mai dernier, par exemple, nous avons augmenté de 2 millions d’euros l’enveloppe consacrée à l’aide financière aux communes. Les 16 M € que le Département consacrera à financer les projets des communes en 2020 généreront près de 80 millions d’euros de travaux dans l’Aude. La commande publique du Département représente, sur les 3 dernières années, l’équivalent de 580 emplois à temps plein ! Nous avons aussi contribué à hauteur de 1,2 millions d'euros au fond L’OCCAL mis en place par la Région. L’enveloppe consacrée aux associations a également permis d’amortir les effets de la crise, dans l’urgence. Au total, le Département de l'Aude a mobilisé 10 M€ pour faire face à cette crise dans l’urgence

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours de ces premières semaines à la présidence ? 

Pendant tout l’été, je suis allée à la rencontre des acteurs du territoire, en tête desquels les maires, mais aussi des chefs d’entreprises, des agriculteurs, des viticulteurs, leurs représentants, les acteurs de la santé, de l’aide à domicile... J’étais partie pour entendre leurs problèmes. J’ai surtout vu leur capacité à trouver des solutions ! Des difficultés, oui, il y en a ! Mais j’ai été impressionnée par leur énergie, leur mobilisation, leur implication. Et par l’inventivité de leurs initiatives. Ces initiatives, je veux les soutenir, les accompagner, les rendre possibles. 
J’ai pu voir que nous partageons des convictions. Que nous partageons la fierté d’être Audois, que nous sommes tous prêts à défendre notre territoire, notre culture, notre économie, notre art de vivre audois. Et cette question de l’attractivité ressort toujours. 

C’est votre priorité ? 

Oui. Ce n’est pas un sujet nouveau, je le sais. Mais en période de crise, il faut choisir ses priorités. Nous devons agir avec volontarisme et de façon concertée et coordonnée sur tout ce qui influe sur l’attractivité du territoire audois. Cela passe par de nombreux chantiers, lancés depuis plusieurs années déjà, mais certains me paraissent essentiels aujourd’hui.

Nous devons innover pour proposer des politiques publiques qui permettent aux Audois.es de vivre mieux, de façon plus juste et en respectant notre environnement.

L’attractivité, c’est un vaste chantier. Y-a-t-il des aspects plus particuliers ? 

J’en vois au moins quatre :

  • La valorisation de cet incroyable patrimoine naturel et historique qui est le nôtre

Il existe déjà le le travail autour du Pays cathare, engagé depuis plusieurs années et qu'il faut faire aller plus loin. Nous avons en parallèle des actions sur lesquelles nous pouvons capitaliser comme la démarche Unesco pour les citadelles du vertige. Tous les acteurs concernés (les communes, les habitants, les professionnels...) travaillent sur un outil de développement territorial qui permettra que les châteaux mais aussi leur environnement soient préservés. L’Unesco pour nos châteaux, c’est un véritable projet de développement durable d’un territoire.
Également, le développement du tourisme vert et plus particulièrement du vélo avec les projets de voie verte du Canal du Midi et de voie verte de Montségur au Canal du Midi. Cette dernière sera terminée comme prévue en septembre.  

  • L’amélioration de l’accès aux soins, devenue vitale pour les habitants du département

Ce que la pandémie a fini de démontrer, c’est que la question de l’accès aux soins relève d’une urgence absolue ! Le pronostic vital des territoires ruraux est engagé. Le gouvernement sur ce sujet ne prend clairement pas la mesure de la situation. Au Département, depuis des années, nous avons fait des choses : aide aux internes, subventions aux maisons de santé. Nous travaillons sur d'autres propositions. 

  • Le développement de la formation initiale pour aider les jeunes à se former sur des métiers et dans des filières d’avenir pour l’Aude

Développer une offre d’enseignement et de formation est crucial pour l’avenir de l’Aude. L’offre de formation supérieure sur notre territoire doit permettre de permettre à nos jeunes audois de poursuivre des études supérieures même s’ils n’ont pas les moyens d’accéder aux grandes villes universitaires, au regard du coût des études, et leur permettre de rester vivre ici en proposant des formations en lien avec les débouchés professionnels des bassins économiques de l’Aude.

  • La question de l'alimentation en général et de l’autonomie alimentaire en particulier

La démarche "Demain est à nous" nous a permis d’identifier les priorités et préoccupations des Audois.es. La question de l’alimentation, de l’autonomie alimentaire, de la qualité de ce que nous consommons remonte fortement. Manger audois, agrilocal... toutes ces démarches que nous avons lancées ont permis d’amorcer des choses. Là aussi, pendant le confinement, nous avons mis en place des opérations, sur les réseaux sociaux et sur aude.fr, pour valoriser nos producteurs et nos chefs, aider les consommateurs à acheter audois. Nous travaillons enfin sur la création d’une plateforme audoise de mise en contact direct des producteurs avec les consommateurs.

Également, les démarches administratives sont parfois vécues comme un frein à l'accès aux droits...

Oui, c'est pourquoi j’ai aussi à cœur que nous avancions plus vite et de façon plus visible sur la simplification des démarches administratives et sur la mise en place de l’accueil social inconditionnel. Les faits montrent que ce sont généralement les plus fragiles qui pâtissent en priorité des démarches complexes. Pour une collectivité qui a en charge les solidarités humaines et territoriales, il y a là un enjeu de taille. 

Pour conclure ?

Je dirais que pour sortir de la crise, il faut innover pour vivre mieux, trouver des solutions qui respectent l’environnement tout en assurant la justice sociale. L’objectif n’est pas d’assurer d’une croissance exponentielle et infinie mais de mettre en œuvre une politique qui se situe entre ces deux pôles.