Unesco, Patrimoine

Forteresses royales du Languedoc "en rien une réécriture de l'histoire"

Hervé Baro, vice-président du Département et président de l'association mission patrimoine mondial, et Hélène Sandragné, présidente du Département de l'Aude. Hervé Baro, vice-président du Département et président de l'association mission patrimoine mondial, et Hélène Sandragné, présidente du Département de l'Aude. © Céline Deschamps - Département de l'Aude

La présidente du conseil départemental de l’Aude, Hélène Sandragné, ainsi qu'Hervé Baro, président délégué de l’Association mission patrimoine mondial (AMPM) et les principaux acteurs publics de la candidature des forteresses royales du Languedoc, ont tenu lundi matin à l’hôtel du Département une conférence de presse pour apporter des précisions sur le dossier de candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco des forteresses royales du Languedoc. Et "répondre aux attaques injustifiées" sur son appellation.

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"Si nous vous avons convié aujourd’hui c’est parce qu’un an après le lancement de notre campagne de communication autour de cette appellation des forteresses royales du Languedoc, nous sentons la nécessité de prendre la parole pour rétablir quelques vérités et répondre à des attaques injustifiées." Sans détour et d'emblée, Hélène Sandragné a tenu à préciser les raisons de la conférence de presse de ce lundi 9 février, à l'hôtel du Département.  À ses côtés, Hervé Baro, président délégué de l’Association mission patrimoine mondial, Jean-Paul Ferré, vice-président du Département de l’Ariège, et tous les maires ou représentants des communes concernées par le dossier de candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Notre démarche d’inscription n’est en rien un reniement de notre passé ni un combat identitaire."

Certains remettent en cause la nouvelle dénomination des 8 sites candidats, au titre de bien en série, à l'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco ? La présidente du Département replace le contexte."Tout d’abord, il me paraît essentiel de rappeler qu’à ce jour rien n’est encore acquis quant au résultat final, mais que le projet de développement territorial, économique, touristique et environnemental qui entoure cette candidature constitue déjà un élément moteur pour l’Aude. Ce projet donne un nouveau souffle à notre action en lien avec le patrimoine architectural, dans la lignée de notre engagement historique pour le Pays cathare." 

 Et met les points les I.  "Notre démarche d’inscription n’est en rien un reniement de notre passé ni un combat identitaire, et je m’inscris en faux face à ceux qui veulent y voir une réécriture de l’histoire. La croisade contre les Albigeois, la mainmise du pouvoir royal sur l’Occitanie au XIIIe siècle, les souffrances du peuple d’alors, nous les connaissons aussi bien que d’autres", poursuit la présidente de l’exécutif audois.

"Le symbole de l’éradication de la dissidence religieuse qui a marqué notre territoire"


"Quiconque se donne la peine d’ouvrir le dossier de candidature et de s’intéresser au travail que nous menons peut en témoigner : nous rappelons autant qu’il le faut que ces forteresses sont érigées pour contrôler un peuple récalcitrant, revendicatif, mis au pas par le pouvoir royal. Elles sont le symbole de la soumission qui a été imposée au peuple occitan, comme elles sont aussi le symbole de l’éradication de la dissidence religieuse qui a marqué notre territoire de la fin du XIIe au début du XIVe siècle. Il n’y a aucune réécriture de l’histoire. Il n’y a aucune volonté d’épouser le discours des vainqueurs ou d’effacer des mémoires cette répression sanglante. Le schéma d’interprétation qui permettra aux visiteurs de comprendre l’histoire de ces forteresses fera la part belle à cette histoire-là justement. Nous ne sommes pas devenus des fervents défenseurs de la royauté."

Les châteaux en question n’ont jamais été appelés des châteaux cathares.

Hervé Baro, président délégué de l’Association mission patrimoine mondial et également maire de Termes, a tenu lui aussi à préciser certains points. "D’abord, il faut déconstruire un mythe : nous ne changeons pas de dénomination. Les châteaux en question n’ont jamais été appelés des châteaux cathares. Ce terme impropre n’a jamais été utilisé dans aucune documentation ou communication touristique sérieuse. Pour notre part, au Département, nous avons inventé il y a près de 40 ans le réseau des sites du Pays cathare, comprenant châteaux, abbayes et cités, pour faire la promotion touristique de l’Aude et valoriser notre patrimoine médiéval. Car si on peut considérer qu’il y a eu, dans l’histoire, un pays cathare, c’est-à-dire un territoire où les cathares étaient bien plus implantés qu’ailleurs, il n’y a jamais eu de château ou d’abbaye cathare."

Or, pour candidater au Patrimoine mondial, il faut prouver sa valeur universelle exceptionnelle, c’est-à-dire ce qui fait que le bien qui candidate mérite d’être mondialement connu et reconnu. "Pour nous, cette Valeur unique exceptionnelle (VUE) s’articule autour de la construction et reconstruction d’édifices militaires sur des pitons rocheux et des falaises escarpées, dans un environnement préservé, sur ordre et à travers la maîtrise d’ouvrage du roi de France, au XIIIe et XIVe siècle, autour d’une place forte. Les faits historiques sont là et ils sont têtus. Nous ne l’avons pas découvert en 2025, nous le savons depuis 2013 et le début des travaux du comité scientifique, auquel participait d’ailleurs jusqu’à sa mort Michel Roquebert, historien du catharisme s’il en est."

"L’avenir du territoire passe par des projets porteurs de développement et de sens"

La présidente Hélène Sandragné enfonce le clou : "Nous le redisons avec force, nous ne renions rien mais nous mettons toutes nos chances de notre côté, du côté de l’Aude, pour obtenir cette inscription mondiale parce que nous sommes persuadés que l’avenir du territoire passe par des projets porteurs de développement et de sens. Cette candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, organisme international promouvant les valeurs de paix, de diversité culturelle, de respect universel des droits, en est indéniablement un."

"Pas là pour éradiquer la culture occitane qui fait la fierté de notre territoire"

Et de rappeler l'attachement du Département à ses racines occitanes. "À tous ceux qui s’émeuvent avec honnêteté de cette appellation, nous voulons redire avec force qu’elle n’est pas là pour éradiquer la culture occitane qui fait la fierté de notre territoire. Le Département ne porte pas atteinte à l’Occitanie ni à l’occitan et d’ailleurs, nous pouvons profiter de cette conférence de presse pour rappeler que nous soutenons cette langue et cette culture.
À ceux qui instrumentalisent cette candidature pour des combats politiques ou des revendications qui n’ont rien à voir avec notre démarche, nous disons de manière bien plus ferme que s’ils ont choisi la protestation plutôt que la création, l’invective plutôt que le développement de projets territoriaux, ce n’est pas notre cas. Nous ne sommes pas de ceux qui regardent le passé pour pleurer sur ce qui a disparu. Nous regardons le passé et nous oeuvrons à nous mobiliser pour qu’il constitue un point de soutien pour l’avenir. Et en cela, cette candidature le peut !"

L'Aude, portée par une double histoire

L'histoire de l'Aude est complexe, Hélène Sandragné le rappelle. "Cette candidature s’inscrit dans une double histoire longue : celle de notre territoire qui ne résume pas à la croisade ; celle de notre démarche patrimoine autour des sites du Pays cathare, qui a vocation à perdurer et à être renforcée par une nouvelle notoriété puisqu’à partir du mois de juillet, nous pourrons dire – c’est en tout l’espoir que nous formulons – qu’au coeur du Pays cathare, il y a les forteresses royales du Languedoc, un bien en série inscrit au Patrimoine mondial."

Etaients présents : Béatrice Bertrand, maire de Tuchan (château d’Aguilar), Jacques Galy, maire de Puilaurens (château de Puilaurens), Alex Rainero (maire de Duilhac-sous-Peyrepertuse), Any Barthès (adjointe au maire de Carcassonne), Geneviève Albouy (adjointe au maire de Montésgur), Franck Doucet, administrateur du château comtal et des remparts de la Cité de Carcassonne, Max Brail, maire de Lastours, Fabrice Chambon (archéologue et guide-conférencier au château de Montségur).