Coup de chapeau !

Sonia Mielke
Fermée en mars 2018, la dernière chapellerie de la Haute-Vallée, à Montazels, a repris sa production en septembre dernier. Sonia Mielke s'est mobilisée pour ne pas laisser mourir ce fabuleux savoir-faire. Elle est aujourd'hui présidente de la coopérative MontCapel et croit au succès de cette belle aventure.

Publié le

Comment est né ce projet de relance de la chapellerie ?
Sonia Mielke La Haute-Vallée était une grande région de fabrication de chapeaux et notamment de la cloche de laine de mérinos. Ici, nous sommes les derniers à savoir réaliser ces cloches et ce sont les meilleures au monde ! La chapellerie a fermé en mars 2018. Une dizaine de personnes y travaillaient mais l'usine a compté jusqu'à 600 ouvriers dans les années 1950. De mon côté, j'habite la région parisienne et je travaille dans les télécommunications mais je viens à Montazels depuis mon enfance. Quand j'ai appris la fermeture de l'usine, je me suis dit « ce n'est pas possible ».

Comment avez-vous réussi à relancer la chapellerie ?
En 2018, le maire avait cherché un repreneur, sans succès. Pendant six mois, j’ai étudié les possibilités de reprises. J'ai rencontré beaucoup de personnes à Paris et dans la région, je suis allée à des conférences sur le « made in France » par exemple. J'étais sûre qu'il y avait un marché. D'autres personnes se sont intéressées au projet et nous avons créé la coopérative MontCapel avec sept coopérants fondateurs. Aujourd'hui, nous nous appuyons sur une soixantaine de personnes, des sociétés et la mairie de Montazels, qui ont acheté des parts sociales. 300 000 € ont ainsi été réunis, permettant d'embaucher quatre salariés pour reprendre la fabrication. De nombreux bénévoles nous aident aussi. 

Les gens sont heureux et nous soutiennent. 

Quelles sont les prochaines étapes ?
Nous avons répondu à une commande pour un festival auquel nous fournissons des hauts-de-forme et nous avons aussi participé à l’opération Paris-Occitan en décembre dernier. Nous allons nous structurer en réalisant la mise aux normes des machines de fabrication de la cloche au premier trimestre 2020. Quatre employés seront embauchés dans les six prochains mois et nous allons adapter les locaux car nous n'avons pas besoin des 4 500 m2 actuels. Pour mener cela à bien, nous recherchons de nouveaux coopérants pour atteindre un capital de 500 000 €. 

Comment vous organisez-vous entre votre métier et MontCapel ?
Mon travail me permet de travailler à distance, je peux donc être à Paris ou ici. Je me lève à 6 h et je travaille jusqu'à 23 h. C'est mon choix. Mon mari, luthier, me soutient, tout comme ma fille qui s'occupe des réseaux sociaux depuis Berlin où elle vit. Tout le monde ici fait beaucoup. Nous avons créé une vraie dynamique. J'ai envie d'aider à faire revivre ce lieu qui a une âme. Et puis, il y a le produit lui-même. Ici se fabrique quelque chose de beau, d'exceptionnel. 

Pourquoi êtes-vous autant attachée à Montazels et à l'Aude ?
Il existe un vrai esprit de communauté. Les gens font vivre les traditions et, en même temps, sont ouverts sur les autres. Dans l'Aude, j'aime ce côté rebelle, les gens sont sont de bons vivants, drôles, qui respectent les personnes. Et pour MontCapel, les gens sont tellement heureux et nous soutiennent !