Fanny Wlodaz La bergère de Tuchan

Fanny Wlodaz
Ancienne secrétaire et assistante vétérinaire, l’Audoise d’adoption a renoué, voilà deux ans, avec une pratique ancestrale mais encore délaissée il y a peu dans le département : le pastoralisme. Aujourd’hui, sa centaine de brebiset d’agneaux paissent en liberté au pied du mont Tauch. Rencontre avec celle qui a fait des terres de Tuchan un écrin pour sa passion.

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  • 1987. Naissance à Briey, en Lorraine.

  • 2009. Obtention d’un BTS d’assistante de direction. Elle s’installe à Perpignan
    et devient secrétaire dans une entreprise de transports.

  • 2015-1017. Obtention du diplôme d’assistante vétérinaire. Travaille dans une clinique à Quillan.

  • 2016. Acquisition de six brebis de compagnie.

  • 2017. Professionnalisation et création de son entreprise « Les agneaux du mont Tauch ». Devient officiellement éleveuse.

 

 

J’ai le sentiment de veiller sur la nature.

Comment êtes-vous venue au pastoralisme? 

J’avais déjà six brebis de compagnie quand la clinique vétérinaire dans laquelle je travaillais a fermé. J’aimais ces bêtes, leur tempérament, alors je me suis dit : pourquoi ne pas en faire mon métier ? Je ne suis pas issue d’une famille d’éleveurs mais j’ai trouvé beaucoup d’entraide dans le milieu. Quand j’ai entendu parler du souhait de la municipalité de Tuchan de réintroduire des brebis sur son territoire, en partenariat avec le Conservatoire des espaces naturels du Languedoc-Roussillon et la Chambre d’agriculture de l’Aude, je me suis lancée. 

 

Vos bêtes sont élevées sur des pâturages naturels. C’était important pour vous? 

Je ne me voyais pas autrement que garder mes brebis en liberté, me promener avec elles, observer la nature. J’évolue sur un territoire de 10 000 hectares de garrigue et de plaines, sur les hauteurs de Tuchan, avec, en toile de fond, le château d’Aguilar. Même si les bêtes font elles-mêmes le tri entre les plantes, j’essaie de dénicher des petits coins de paradis. Je les guide vers tel ou tel secteur, en fonction des saisons. 

Je travaille également avec des domaines viticoles, qui font appel à moi pour entretenir, grâce à mes bêtes, le sol des vignes et les friches. 

 

Avez-vous conscience de participer, avec vos brebis, à la préservation d’un patrimoine naturel ? 

J’ai le sentiment de veiller sur la nature, c’est vrai... Parfois, si l’on veut que le pâturage ait un impact plus prononcé, je laisse mes brebis plus longtemps sur un secteur. Ainsi, elles finissent par tout manger, même les plantes qu’elles apprécient moins. Le piétinement des bêtes influe aussi sur la terre. Ce travail, je le fais en collaboration avec le Conservatoire des espaces naturels qui me guide sur les zones à éviter pour préserver la tranquillité de certaines espèces. 

 

Vos brebis, également, contribuent au maintien de la typicité et la richesse du paysage audois... 

Oui, je ne fais que de la brebis Rouge du Roussillon, une race locale qui, il y a encore peu, était en voie de disparition. 

 

Et vous contribuez à la régulation de certaines plantes... 

Selon les goûts des brebis oui ! Par exemple, l’aphyllanthe de Montpellier, dont elles sont très friandes, est une plante à petites fleurs bleues très fragile. À moi de les gérer pour alimenter mes bêtes tout en préservant le paysage. Pareil avec le buplèvre, un arbuste dont elles raffolent mais qui, lui, envahit vite l’espace. Leur travail de pâturage est donc important. Mais attention : les abeilles en ont besoin alors il faut veiller à en laisser. Idem pour le genêt. En entretenant ainsi naturellement les espaces, on participe aussi à la lutte contre les incendies. Chaque jour, j’en apprends sur mon métier, mon troupeau, la nature qui m’entoure. Pour rien au monde je ne retournerais dans un bureau !