Département de l’Aude
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Découvrez les orchidées de l'Aude

L'Aude ne compte pas moins de 85 espèces d'orchidées, pour certaines très rares.

Mythes et légendes

Les orchidées ont été de tous temps à l’origine de nombreux mythes et légendes. L’origine même du nom orchis, qui signifie en grec testicule, a ouvert la porte à de nombreuses croyances. En Asie mineure, ces croyances ont provoqué un ramassage effréné des bulbes d’orchidées entraînant une disparition irrémédiable de certaines espèces…

Il suffirait de déterrer un pied d’orchis pour comprendre pourquoi les Grecs ont donné à cette plante le curieux nom de testicule. Les racines d’orchis sont accompagnées de deux tubercules. L’ancien qui va alimenter la plante durant sa nouvelle année et celui en formation qui servira l’année suivante. Moralité, le système racinaire ressemble à des testicules ! De cette apparence vont naître de nombreuses croyances.
Ainsi, dès le premier siècle de notre ère le médecin grec Dioscoride conseille aux hommes de prendre l’ancien bulbe pour engendrer un enfant mâle, alors que celui de l’année mangé par la femme lui donnera une fille. Plus récemment au XVIième siècle, la médecine des signatures mentionne que les tubercules cachés dans les vêtements d’une femme permettent de se faire aimer d’elle à son insu. Au Moyen Orient, offrir une orchidée à une femme, c’est lui témoigner sa passion.

Au rayon légende, les orchidées ne sont pas en reste. Ainsi le très célèbre sabot de vénus serait né après que Vénus eût perdu une de ses pantoufles en forêt à la suite d’un violent orage.
Les taches rencontrées sur les feuille de l’Orchis macula proviendraient, quant à elle, du sang du Christ sur la croix. En Bretagne, fixer, sur la porte d’entrée, un bouquet de Spiranthes spiralis était censé empêcher la foudre de tomber sur la maison. Enfin, on raconte que si vous déterrez un pied de Dactylorhiza maculata, celui-ci pousse un petit cri plaintif...

Espèces menacées

Aujourd’hui, malgré de nombreuses protections, les orchidées sont extrêmement menacées, non par la cueillette mais par la désertification rurale. La fleur est en effet si inféodée à la présence humaine que de très nombreuses espèces souffrent de l’absence de l’homme ou inversement d'une urbanisation intensive.
Certaines espèces tentent de s’adapter et colonisent les bords de routes, essayant tant bien que mal de fleurir avant le passage de la faucheuse. Mais, dans les anciennes pâtures, la friche et la broussaille les étouffent progressivement.
Dans l’Aude, depuis maintenant plus de dix ans, les mesures agro-environnementales ont tenu compte de ce problème. L’agriculteur est ainsi aidé à maintenir l’espace ouvert.
Indicatrices remarquables de la qualité du milieu naturel, les orchidées méritent bien votre regard.

Des orchidées colonisatrices...

Petites dernières de l’évolution botanique, les orchidées n’en n’ont pas moins colonisé la quasi-totalité de la planète. Au cours des millénaires, elles ont su remarquablement s’adapter aux activités agricoles.
Si l’on regarde l’arbre généalogique des plantes, nous attend une première surprise. Les plantes à fleurs ne sont apparues qu’il y a 120 millions d’années. Une broutille face au grand livre de l’évolution. Et ce n’est pas tout, la deuxième surprise : la famille des orchidées apparaît, il y a seulement moins de trois millions d’années. Cela n’a pas empêché nos orchidées de se diversifier en plus de 20.000 espèces sur la planète. En Europe, l’homme a façonné les paysages. Depuis plusieurs millénaires, il a créé des prairies, des champs, des haies et même des forêts. Cette mosaïque de milieux a été très favorable au développement de nombreuses espèces. Les campagnes se peuplant à l’extrême, l’homme a défriché, mis en pâture tout ce qui était possible. Nos amies en ont largement profité. Rien de mieux, pour les Orchis provincialis par exemple, qu’un pâturage maigre de garrigue. Surtout qu’elles aiment les milieux pauvres où les amendements sont rares.

Jusqu’à la moitié du XXième siècle, pas de problème dans l'Aude. Les élevages de brebis y sont légions et les landes et les garrigues calcaires pullulent. Après, cela se corse ! Les campagnes se dépeuplent. Les milieux ouverts se ferment au profit de la friche, puis d’une jeune forêt. L’élevage se modifie, on passe ainsi de troupeaux de brebis gardées de manière extensive à des troupeaux de bovins clôturés qui piétinent et tassent le sol. Sur le littoral méditerranéen, c’est exactement l’inverse qui se produit. L’homme décide d’en faire son lieu de villégiature estivale et construit à tout va. Dans les deux cas, le résultat est le même. Nos orchidées disparaissent à vue d’œil.
Ultime recours de cette plante particulière, elle va se mettre à coloniser les talus et les bords de route. De très nombreuses plantes font actuellement de même. Ces milieux « naturels » deviennent même parfois d’une richesse exceptionnelle. L’explication en est très simple. Ces endroits sont régulièrement fauchés et souvent assez tard dans la saison, le top du top pour nos orchidées. Qui irait en plus, mettre de l’engrais sur un bord de route ? Dans l'Aude, on a même mis en oeuvre une politique de route durable avec des pratiques de fauchage tardif qui permettent de laisser les végétaux arriver à maturité et de préserver ainsi la biodiversité.

Des hybrides

Toutes ces subtilités de la reproduction n’empêchent pas toujours les insectes d’aller butiner où bon leur semble. Il n’est donc pas rare d’être confronté à un léger problème d’identification de l’espèce.
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Sur la photo 1, nous sommes devant un magnifique hybride d’Orchis militaris et d’Aceras anthropophorum. Sur la photo 2, c’est à un croisement entre un Ophrys scolopax et certainement un Ophrys araneola. Ces hybrides ne sont pas stériles et donneront par la suite naissance à des individus se rapprochant des espèces originelles.

On peut également trouver des formes dites chlorantha, comme cette Ophrys araneola, sur la photo 3. Ces spécimens sont à dominante jaune et se retrouvent principalement chez les Ophrys. A l’identique, il est possible de trouver des spécimens « albinos », comme sur la photo 4 avec un Serapias vomeracea. Les orchidées, petites dernières du règne végétal, sont encore en pleine évolution. Cela explique toutes les innombrables variantes que l’on peut rencontrer. Peut-être qu’un jour, l’une d’elle, donnera naissance à une nouvelle espèce...