Département de l’Aude
Allée Raymond Courrière
11855 CARCASSONNE Cedex 9

Vous êtes ici : Accueil > Environnement > Biodiversité > Orchidées de l'Aude > La reproduction des orchidées

La reproduction des orchidées

La fleur de l'orchidée

Les feuilles sont entières, parfois réduites à des écailles. Les fleurs se présentent en grappes ou en épis plus ou moins lâches. Elles se composent de trois sépales et trois pétales généralement de la même couleur ; le troisième pétale, appelé labelle, pouvant cependant prendre des formes et des couleurs particulières. Les sépales et les pétales latéraux forment une sorte de casque. Souvent trilobé et muni d'un éperon, le labelle est en principe le pétale supérieur de l'orchidée. Mais, dans la plupart des cas, la fleur subit au début de son développement une rotation à 180° qui fait que le labelle se retrouve en position de pétale inférieur.

Le développement de la graine d'orchidée grâce aux champignons

 

L’été abat sa canicule et les magnifiques pelouses à orchidées sèchent à vue d’œil.

Des fleurs exubérantes, il ne reste plus que quelques tiges tristes et grises. Mais déjà à l’extrémité de celles-ci, les capsules éclatent en dégageant une infime poussière portée au loin par le vent.

L'histoire commence donc par un grain de poussière, si petit, si minuscule, de l’ordre de dix microgrammes et d’à peine un demi millimètre, la taille d’une graine d’orchidée. Une seule capsule d’Orchis mascula n’en contient pas moins de 6.000. Cette poussière de graine est d’une simplicité inégalée, pas la moindre trace de réserve de nourriture dans l’enveloppe, ces réserves qui permettent aux autres graines de germer en toute sécurité.

 Mais alors, comment fait-elle pour se développer ? Ben voilà, elle doit se marier ! Et oui, pour naître, il faut qu’elle s’unisse avec un champignon. Vous comprenez pourquoi, malgré les quantités de graines produites, les orchidées ne pullulent pas !


Admettons donc que notre graine de poussière tombe pile poil là où se trouve un Rhizoctonia, ce champignon filamenteux qui va lui servir de partenaire. Celui-ci s’introduit dans la graine et c’est grâce à cette pénétration que notre future orchidée va pouvoir puiser les ressources utiles à son développement.

En fait, le champignon lui apporte tout : eau, sels minéraux, sucres et graisses. Mais voilà monsieur en veut toujours plus, aussi, cherche-t-il à infester l’ensemble de la graine. Et là, pas de choix possible, la graine secrète des substances fongicides. A ce stade, deux choix possibles, soit elle est suffisamment indépendante et c’est la rupture pure et simple. Soit elle garde son compagnon et fait en sorte qu'il garde ses distances pour continuer à utiliser, à bon escient, toute sa vie ce précieux champignon qui lui apportera nourriture et eau.

Ce mariage entre l’orchidée et le champignon est donc subtil mais, s’il réussit, la graine va se développer jusqu’à former une minuscule racine ainsi qu’une tige blanchâtre qui se dirigera vers le haut, attirée par la lumière. Ainsi et durant tout l’hiver, elle grandit, très fragile aux attaques du gel et à la sécheresse. Déjà, les premières feuilles pointent du sol, mais le chemin sera encore long et parsemé d’embûches. Limaces, escargots et autres amateurs raffolent de cette plantule si tendre. Suivant les espèces, il faudra de trois à douze années, à l’orchidée, pour débuter sa magnifique floraison.

La floraison

Si notre orchidée a su se préserver des prédateurs, elle va fleurir. Dans l’Aude, la floraison de certaines espèces peut débuter dès janvier vers le littoral pour se terminer à l’automne.

Mais, revenons à notre orchidée. Il lui faut maintenant être pollinisée une deuxième fois, non plus avec un champignon mais avec un insecte. Pour ce faire, elle a développé un stratagème. Cette fleur, probablement issue de la famille des lys, a transformé un de ses pétales en labelle qui imite à la perfection l’insecte pollinisateur. Ce labelle, bien souvent pourvu de pilosité, attire les insectes. Cette attraction est renforcée par la secrétions des mêmes phéromones. que les femelles insectes utilisent pour attirer le mâle. Or les mâles sortent quelques jours avant les femelles. Aussi ces derniers cherchent-ils en vain une partenaire. C'est pourquoi le mâle croyant féconder une femelle se pose avec ses sacs de pollen accrochés derrière les antennes sur l'orchidée. Pour certaines ophrys, la pilosité du labelle étant inversée, notre mâle se met la tête en bas et reçoit les sacs à pollen sur l’extrémité de l’abdomen jusqu’au prochain terrain d’atterrissage.

La pollinisation

D’autres espèces vont encore plus loin pour captiver leur pollinisateur : elles le saoulent ! C’est le cas pour quelques épipactis (photo ci-contre). Dans la fleur, le nectar peut fermenter et donc contenir des alcaloïdes. Notre petite abeille sur la photo ne sait pas qu’elle est en train de s’enivrer aux frais de la princesse. Après quelques minutes, elle va repartir en zigzaguant bien obligée de se poser très vite sur une autre fleur… d’épipactis. Il peut même arriver que notre abeille devienne carrément toxicomane et passe son temps de fleur en fleur avant de mourir d’épuisement.

Les orchidées ont également mis au point un système qui les empêche de s’autoféconder. Le pollen est stérile si, par erreur, il tombe sur l’ovaire de la plante qui l’a produit.

 Mais comme dit le proverbe, les exceptions confirment la règle. Une espèce comme l’ophrys abeille peut s’autoféconder si l’insecte n’est pas au rendez-vous. Au bout de quelques jours, les filaments qui retiennent les sacs à pollen sèchent et ceux-ci, en descendant, vont féconder notre ophrys. D’autres, les limodores ou les néotties entre autres, peuvent s’autoféconder sous terre si les conditions météorologiques sont exécrables. Dans ce cas là, même pas besoin de voir le jour et d’être croqué par un chevreuil. Il faut vous dire qu’une espèce comme la néotie est dépourvue de chlorophylle, alors à quoi bon sortir dans un sous-bois sans lumière !