Département de l’Aude
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On n'est pas fauché ?

Petites dernières de l’évolution botanique, les orchidées n’en n’ont pas moins colonisé la quasi-totalité de la planète. Au cours des millénaires, elles ont su remarquablement s’adapter aux activités agricoles.
Alors que la disparition de ces pratiques inquiètent les naturalistes depuis de nombreuses années, voilà qu’apparaît une autre calamité le désherbage des bords de route, ultime refuge des orchidées.

Si l’on regarde l’arbre généalogique des plantes, nous attend une première surprise. Les plantes à fleurs ne sont apparues qu’il y a 120 millions d’années. Une broutille face au grand livre de l’évolution. Et ce n’est pas tout, la deuxième surprise : la famille des orchidées apparaît, il y a seulement moins de trois millions d’années. Même Lucy a eu peu de chances de se faire offrir une orchidée par son compagnon ! Cela n’a pas empêché nos orchidées de se diversifier en plus de 20000 espèces sur la planète. Elles ont colonisé pratiquement toute la Terre, de l’Alaska à la Nouvelle Guinée, de l’Himalaya à l’Afrique du sud. Dans certains pays, les espèces d’orchidées représentent jusqu’à 25% de la flore locale. En plus, c’est une famille en pleine évolution et de nouvelles espèces apparaissent ou sont découvertes encore aujourd’hui.
En Europe, l’homme a façonné les paysages. Depuis plusieurs millénaires, il a créé des prairies, des champs, des haies et même des forêts. Cette mosaïque de milieux a été très favorable au développement de nombreuses espèces. Les campagnes se peuplant à l’extrême, l’homme a défriché, mis en pâture tout ce qui était possible. Nos amies en ont largement profité. Rien de mieux, pour les Orchis provincialis par exemple, qu’un pâturage maigre de garrigue. Surtout qu’elles aiment les milieux pauvres où les amendements sont rares.

Jusqu’à la moitié du XXième siècle, pas de problème dans l'Aude. Les élevages de brebis y sont légions et les landes et les garrigues calcaires pullulent. Après, cela se corse ! Les campagnes se dépeuplent. Les milieux ouverts se ferment au profit de la friche, puis d’une jeune forêt. L’élevage se modifie, on passe ainsi de troupeaux de brebis gardées de manière extensive à des troupeaux de bovins clôturés qui piétinent et tassent le sol. Sur le littoral méditerranéen, c’est exactement l’inverse qui se produit. L’homme décide d’en faire son lieu de villégiature estivale et construit à tout va. Dans les deux cas, le résultat est le même. Nos orchidées disparaissent à vue d’œil.
Ultime recours de cette plante particulière, elle va se mettre à coloniser les talus et les bords de route. De très nombreuses plantes font actuellement de même. Ces milieux « naturels » deviennent même parfois d’une richesse exceptionnelle. L’explication en est très simple. Ces endroits sont régulièrement fauchés et souvent assez tard dans la saison, le top du top pour nos orchidées. Qui irait en plus, mettre de l’engrais sur un bord de route ?
Mais, c’était sans compter avec une société humaine bien peu soucieuse de la nature. Des kilomètres de bord de route sont ainsi aspergés de désherbant. Déjà, plusieurs stations d’orchidées rares ont disparu. Alors que de nombreuses actions sont réalisées par le monde agricole pour essayer de maintenir d’anciennes prairies ou d’anciens pâturages, souhaitons que l’on retourne à la bonne vieille fauche des bords de route. Nos orchidées ne s’en porteront que mieux et les rivières aussi !